Se tromper de type : comment on le découvre, et ce qu’on en fait
Comprendre le MBTI · 4 min de lecture · révisé le

Quelqu’un passe le questionnaire, reçoit quatre lettres, lit la description, et quelque chose ne va pas. Pas tout : une bonne moitié semble juste, le reste sonne faux. Il met cela sur le compte de sa singularité — après tout, aucune description ne convient parfaitement — et garde son type.
Il se peut que ce ne soit pas le bon. C’est plus fréquent qu’on ne le dit, et c’est un problème beaucoup moins grave qu’il n’y paraît, à condition de savoir comment le traiter.
Le résultat n’est qu’une hypothèse
Le point est souvent escamoté dans les passations rapides, alors qu’il figure dans la pratique professionnelle du modèle : le type produit par le questionnaire n’est pas le type de la personne. C’est un type rapporté, une première proposition, que la personne doit ensuite confirmer ou corriger elle-même après avoir pris connaissance de ce que chaque dimension recouvre.
Ce que le praticien appelle le type le mieux ajusté est celui que la personne retient au terme de cette conversation, le questionnaire n’ayant servi qu’à ouvrir la discussion. Une passation en ligne, sans restitution, s’arrête à la première étape et présente le résultat comme un verdict. Elle saute précisément l’opération qui donne au modèle ce qu’il a de valable.
Cinq causes fréquentes
Le partage près de la frontière. C’est la première cause, et elle est purement mécanique. Chaque lettre résulte d’une coupure au milieu d’une échelle continue ; quelqu’un dont le score est proche du milieu reçoit une lettre qui aurait pu être l’autre. Sur ce point, la lettre n’est pas fausse : elle n’est tout simplement pas informative.
Le soi professionnel. Une personne qui exerce depuis dix ans un métier exigeant de l’organisation et du suivi répondra en organisée, même si cela lui coûte un effort constant. Le questionnaire capte alors l’adaptation, pas la préférence. C’est la cause la plus fréquente chez les cadres.
Le soi souhaité. Certains items sont socialement connotés, et il est difficile de ne pas se décrire comme on aimerait être. Ce biais est modeste item par item, et il s’additionne.
Le soi d’une période. Un questionnaire passé pendant une reconversion, un deuil ou une prise de poste enregistre un moment. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas une préférence stable.
La restitution bâclée. Un animateur mal formé donne le type, lit la fiche, et passe à autre chose. La personne n’a jamais eu l’occasion de dire que la troisième lettre ne lui parlait pas.
Les signes qui doivent alerter
Un premier signe est l’asymétrie de la reconnaissance : la description vous paraît juste sur les aspects visibles, faux sur les motivations. C’est caractéristique d’un type attribué d’après le comportement plutôt que d’après le fonctionnement intérieur.
Un deuxième signe, plus fiable, concerne le point faible. Chaque type est associé à une fonction peu accessible, celle qui se manifeste maladroitement sous forte pression. Si ce point faible ne vous évoque rien, alors que tout le reste vous parle, il y a de bonnes chances que la pile de fonctions ne soit pas la vôtre. Comment ces fonctions s’ordonnent est la partie du modèle la plus utile pour cette vérification, et la plus ignorée.
Un troisième signe vient des autres. Faites lire la description à deux ou trois personnes qui vous connaissent dans des contextes différents — pas seulement au travail. Une hésitation générale est plus informative que votre propre conviction.
Comment on vérifie, sans repasser le test
Repasser le questionnaire est le premier réflexe et le moins utile : les mêmes causes produiront le même résultat, et vous aurez surtout appris à répondre.
La vérification se fait autrement, par les dimensions prises une à une. Pour chacune, on lit la description des deux pôles, sans regarder ce que le test a répondu, et on se demande non pas « lequel me ressemble ? » mais « lequel me demande le moins d’effort ? ». La préférence se définit par le coût, pas par la compétence : on peut être excellent dans un registre qui nous épuise.
Un second angle consiste à se souvenir de soi hors travail — en vacances, en famille, à vingt ans. Les situations où l’on n’a rien à prouver révèlent mieux la préférence que celles où l’on tient un rôle. C’est aussi ce qui rend si peu fiable l’attribution d’un type à quelqu’un d’autre à partir de ce qu’on observe au bureau.
Enfin, si deux types restent en lice, comparez-les par leur fonction dominante plutôt que par leurs lettres. Deux types voisins d’une seule lettre peuvent avoir des fonctionnements très différents, et c’est là que la décision se prend.
Ce qu’on en fait
D’abord, rien de dramatique. Découvrir qu’on s’était trompé de type ne remet en cause aucune décision importante — et si cela en remet une en cause, c’est le signe qu’on avait accordé au modèle un rôle qu’il ne peut pas tenir.
Ensuite, une précaution durable. L’épisode enseigne qu’un questionnaire déclaratif renseigne sur ce qu’une personne dit d’elle-même à un instant donné, ce qui est utile et limité. C’est la raison pour laquelle ces outils n’ont rien à faire dans une décision de recrutement ou de promotion, où l’enjeu pousse justement à répondre comme il faut.
Enfin, une bonne nouvelle. Une personne qui a traversé cette révision connaît le modèle beaucoup mieux que celle dont le premier résultat a collé du premier coup : elle a dû regarder les dimensions elles-mêmes au lieu de s’arrêter à une étiquette. C’est en réalité le meilleur usage qu’on puisse faire d’un questionnaire, et il vaut à lui seul le temps qu’on y passe.