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Méthode DISC au service de la communication

Faire équipe · 8 min de lecture · révisé le

L’aiguille rouge d’un poste de radio ancien, arrêtée sur une fréquence

Le DISC classe les comportements observables en quatre grandes tendances — Dominance, Influence, Stabilité, Conformité — à partir des travaux que le psychologue américain William Moulton Marston publie en 1928 dans Emotions of Normal People. Contrairement à une idée répandue, Marston n’a construit ni questionnaire, ni code couleur : ces outils viendront plus tard, dans les années 1940 avec les premiers instruments de Walter Clarke, puis dans les années 1950 avec les versions à choix forcé qui donneront naissance aux questionnaires commerciaux utilisés aujourd’hui. Le DISC n’a par ailleurs aucun lien avec les travaux de Carl Jung sur les types psychologiques : cette filiation-là concerne le MBTI, pas le DISC, et les deux modèles répondent à des logiques différentes.

Cet article ne cherche pas à présenter le DISC dans son ensemble, ni à le comparer à d’autres outils : il s’en tient à un seul usage, le plus concret — comment adapter sa façon de parler selon le style dominant de son interlocuteur. Ouvrir un échange, annoncer une mauvaise nouvelle, formuler un désaccord, faire une demande : dans chacune de ces situations, un même message peut passer ou coincer selon la manière dont il est tourné.

Les quatre styles, en une phrase chacun

  • D comme Dominance : veut le résultat, va droit au but, décide vite et n’aime pas les détours.
  • I comme Influence : entraîne, persuade, se nourrit de l’échange et de la reconnaissance — jamais réductible à un simple trait « influençable ».
  • S comme Stabilité : privilégie la régularité, prend son temps, cherche la sécurité avant le changement.
  • C comme Conformité : veut les données, la précision, une méthode vérifiable avant de s’engager.

Personne n’est jamais un seul de ces styles à l’état pur : chacun combine une dominante et une ou deux tendances secondaires. Ce qui suit part du style le plus marqué chez l’interlocuteur, pas d’une case définitive.

Repérer un style dominant sans faire passer de questionnaire

Pas besoin d’un test pour ajuster son discours : le style dominant se lit déjà dans la façon dont quelqu’un communique au quotidien. Un D pose des questions fermées, va au fait dans ses messages, coupe volontiers la parole quand il estime avoir compris. Un I raconte, digresse, ponctue ses phrases d’anecdotes et cherche le contact visuel ou la réaction de l’autre. Un S pose beaucoup de questions avant de s’engager, prend des notes, reformule pour vérifier qu’il a bien compris avant d’agir. Un C demande des précisions, relève les incohérences, préfère un support écrit à une consigne donnée à l’oral.

Ces indices restent des tendances, pas des certitudes : la prudence est la même que pour tout ce qui relève de l’observation d’autrui — une hypothèse à tester dans l’échange, jamais un diagnostic posé à distance.

Ouvrir un échange

  • Avec un D, on va à l’essentiel dès la première phrase : l’objet de l’échange, ce qu’on attend, sans préambule inutile.
  • Avec un I, on prend un instant pour la relation avant le sujet : une question sincère, un mot sur ce qui va bien, avant d’entrer dans le vif.
  • Avec un S, on pose le cadre calmement, on explique pourquoi on prend ce temps, on ne bouscule pas l’entrée en matière.
  • Avec un C, on annonce le plan de l’échange et sa durée avant de commencer : savoir où l’on va rassure davantage qu’un mot d’accueil.

Annoncer une mauvaise nouvelle

  • D : dire les choses sans détour, puis basculer tout de suite sur les options pour la suite. S’attarder sur les circonstances agace plus que ça ne rassure.
  • I : reconnaître d’abord l’impact humain de la nouvelle, avant les détails pratiques ; garder une porte ouverte, un motif d’y croire encore.
  • S : prévenir tôt si possible, ne jamais mettre devant le fait accompli, laisser du temps pour digérer avant d’attendre une réaction.
  • C : donner les faits, les raisons, la logique qui mène à cette décision. Une explication solide rassure plus qu’un ton compatissant sans contenu.

Formuler un désaccord

  • D : le dire directement, argumenter, proposer une alternative claire — un D encaisse très bien la contradiction si elle est posée sans détour.
  • I : préserver la relation dans la forme, présenter le désaccord comme une construction commune plutôt qu’une opposition, éviter de le faire devant le groupe.
  • S : le formuler en privé, doucement, en laissant le temps de la réflexion ; ne pas exiger une réponse immédiate.
  • C : l’appuyer sur des faits et une logique vérifiable — un C se range rarement à un argument d’autorité ou d’émotion, mais suit une démonstration.

Faire une demande

  • D : formuler ce qu’on attend et pour quand, en laissant la manière d’y arriver à sa discrétion.
  • I : personnaliser la demande, expliquer en quoi elle compte pour l’équipe, l’associer à l’enthousiasme plutôt qu’à la contrainte.
  • S : donner le contexte et le temps nécessaire, rassurer sur le fait que cela ne bouscule pas ce qui est déjà en place.
  • C : fournir toutes les spécifications utiles dès le départ, ne pas presser une vérification, laisser la place au contrôle avant l’engagement.

Ce qui passe, ce qui coince

StyleCe qui passeCe qui coince
Dmessages courts, orientés résultat, autonomie laissée sur la méthodelongues explications, hésitations, sur-cadrage
Ireconnaissance, dimension relationnelle, enthousiasme partagéton procédural et froid, isolement, absence de retour
Srythme posé, prévisibilité, écoute réelle avant d’agirchangements brusques, urgence permanente, conflit frontal
Cdonnées vérifiables, rigueur, structure expliciteapproximations, décisions « au feeling », improvisation

Un même message, quatre formulations

Prenons un exemple courant : prévenir une équipe qu’un nouvel outil remplace l’ancien dès la semaine suivante.

  • À un D : « On bascule sur le nouvel outil vendredi. Organisez-vous comme vous voulez, prévenez-moi si un blocage apparaît. »
  • À un I : « On passe au nouvel outil cette semaine — j’aurai besoin de vous pour embarquer le reste de l’équipe, ça va bien se passer. »
  • À un S : « On prévoit de basculer sur le nouvel outil vendredi ; je vous préviens dès maintenant pour que vous ayez le temps de vous familiariser, rien d’urgent d’ici là. »
  • À un C : « Voici le calendrier et la documentation du nouvel outil ; le basculement est prévu vendredi, avec une période de test avant validation définitive. »

Le fond du message ne change pas. Ce qui change, c’est ce sur quoi il s’ouvre et ce qu’il met en avant — le résultat, la relation, le rythme, ou la méthode.

À l’écrit aussi : ce qu’un e-mail dit à chaque style

L’adaptation ne vaut pas que pour l’oral. Un e-mail écrit pour un D gagne à tenir en quelques lignes, objet explicite, demande et échéance dès le premier paragraphe — le reste peut suivre en pièce jointe pour qui veut creuser. Pour un I, un mot d’introduction personnalisé change beaucoup, même bref : un message qui tombe comme une note de service froide passe moins bien qu’un message qui s’adresse vraiment à la personne. Un S appréciera un e-mail qui pose le contexte avant la demande, sans laisser deviner une urgence qui n’existe pas vraiment — l’ambiguïté sur le degré de priorité est ce qui coûte le plus cher avec ce style. Un C, enfin, lira un e-mail structuré avec plus de confiance qu’un message dense et non hiérarchisé : des puces, un objet précis, des pièces jointes clairement nommées valent mieux qu’un pavé, même bien intentionné.

Le même principe vaut pour un compte rendu de réunion, une note de cadrage ou un simple message sur un outil collaboratif : la forme compte autant que le fond pour que le message soit réellement reçu.

Ce qui bloque, et pourquoi ce n’est pas de la mauvaise volonté

Un D décroche quand on l’enrobe : à ses yeux, une explication trop longue retarde l’action sans rien y ajouter. Un I se referme quand l’échange devient purement procédural, sans un mot sur la personne elle-même. Un S se braque devant l’urgence imposée sans préavis, moins par rigidité que parce que le changement brutal lui retire tout repère. Un C décroche devant une décision « au feeling » qu’on lui demande de suivre sans en comprendre la logique — ce n’est pas de la mauvaise foi, c’est l’absence des données dont il a besoin pour adhérer.

Dans les quatre cas, le blocage ne vient pas d’un manque de bonne volonté : il vient d’un message construit pour un autre style que celui de la personne en face.

Les limites de l’exercice

Le DISC décrit une tendance observable, pas une nature fixe : un style dominant se combine presque toujours à un ou deux styles secondaires, et il peut varier selon le contexte — une personne plutôt S dans sa vie personnelle peut se montrer nettement plus D sous pression au travail. L’outil sert à mieux écouter et à ajuster une façon de parler ; il perd tout son intérêt s’il devient une étiquette permanente ou une excuse pour ne plus s’adapter (« il est C, il ne comprendra jamais l’urgence »). Un style se lit dans une situation donnée, pas une fois pour toutes — et il ne dispense jamais d’observer la personne réelle derrière la lettre dominante.

Ce que ça change au quotidien

Connaître son propre style et reconnaître celui de son interlocuteur ne dispense pas de mieux connaître les personnes avec qui l’on travaille au fil du temps — cela donne simplement une longueur d’avance pour choisir la bonne entrée en matière. Dans une réunion tendue, dans un entretien annuel, dans un message un peu délicat à faire passer, la question à se poser reste la même : qu’est-ce que cette personne a besoin d’entendre en premier pour rester disponible à ce que je dis ensuite ? C’est particulièrement utile pour accompagner une équipe aux styles très différents, où un même message envoyé tel quel à tout le monde produit immanquablement des réactions inégales — pas parce que certains font preuve de mauvaise volonté, mais parce qu’un même mot n’ouvre pas la même porte chez tout le monde.